Formateur d'adultes, un boulot passionnant !

Ecrit et joué une formatrice française anonyme. Cet article m'a été transmis et je le partage avec vous formateurs ! Assurer malgré tout !

Une ville de province, nichée au centre de la France. En arrivant la veille de la formation par le train du soir, je me suis dirigée vers l’hôtel m’éloignant du brouhaha de la grande artère. Ayant obtenu les coordonnées du client en dernière minute, je n’avais pas eu le choix de l’hébergement et après avoir appelé en vain sept hôtels qui affichaient complet, je m’étais finalement rabattue sur l’Hôtel Edouard et Margaret trouvant dans le nom un côté « so british », un peu régent. Cependant, quand en bas de la rue je vis se détacher dans la nuit une enseigne bleue : « Sexy Fun », j’ai soudain eu un doute quant à la moralité de l’établissement. Trainant ma valise à roulettes sous la pluie, un grand H clignotait un peu plus loin, je gardais malgré tout espoir. Quand j’ai dépassé « Favelas Kebab » j’ai eu à nouveau un petit pincement au coeur, mais je n’avais pas d’autre solution que d’avancer et garder confiance (ou foi) ! Finalement à mon grand soulagement l’hôtel s’est avéré miteux mais moralement sain. Il était juste digne de la chanson de Fernandel et je m’attendais à voir débouler Félicie Aussi avec sa fuite et ses poils aux pattes ! La chambre était lilliputienne et le wc (broyeur électrique SFA) débordait du « placard-douche » pour pointer son museau dans la chambre : impossible de fermer la porte ! L’ascenseur poussif gémissait à chaque voyage et emplissait l’escalier et les couloirs de ses suppliques nocturnes. A 7h45 plus de viennoiseries, ni de yaourt, ni de petite cuillère propre, reste à se rabattre prestement sur les biscottes avant qu’un lot de VRP ventrus ne fasse irruption dans « la salle à manger ». Un espace défraîchi, sans couleur ni âge, équipé de chaises en plastique en faux canné, très vintage sans doute ! Même Valérie et l’équipe de DéCo auraient hésité à s’attaquer aux travaux… Peu importe, j’ai deux jours pour former des Maitres d’Apprentissage pour une importante société française, je suis mandatée par la Chambre de Commerce, je me dirige d’un pas alerte vers le lieu de ma mission.

L’accueil

En arrivant à l’accueil de l’entreprise à 8h30 l’hôtesse ne dispose d’aucune information concernant la formation. Je l’informe que la salle Tulipe est indiquée sur mes documents, elle me donne la clé de cette salle en me précisant qu’elle ne la gère pas et qu’elle se situe au deuxième étage.

La salle

La salle est une salle informatique équipée d’ordinateurs et d’écrans sur les tables empêchant le vis-à-vis, la salle est trop petite pour en modifier l’agencement qui permettrait les échanges dans le groupe ou même une mise en situation, toute fois elle bénéficie d’un écran et d’un vidéo projecteur. Je redescends à l’accueil, l’hôtesse me propose pour me dépanner en cette première journé, une salle dans le bâtiment C1, mais je dois aller chercher la clé dans le bâtiment B3, auprès d’un formateur qui dispose du trousseau. Je scrute l’itinéraire sur le plan et je récupère au passage deux de mes participants, je retourne au 2ème étage pour coller un post-it sur la porte de la salle Tulipe afin de réorienter le reste de mon groupe. Nous partons à la recherche de notre salle dans le dédale des bâtiments du site. Le formateur de la salle B3 s’est finalement installé en C1, je récupère la clé et lui demande de bien vouloir informer mes participants égarés qui auraient suivi le « jeu de piste » en partant de la case Tulipe ! Nous nous m’installons dans cette petite salle borgne autour d’une table ovale qui occupe tout l’espace, nous empilons des fauteuils dans un coin pour libérer un peu de place, je me rassure du fait que nous ne soyons que 5. Mes deux derniers participants nous rejoignent à 9h20, je les félicite pour leur perspicacité et leur ténacité. Je profite de l’incident pour aborder notre thème concernant « la qualité de l’accueil » des apprentis ! Les retards, les imprévus, les capacités d’adaptation, l’importance de prévoir, de se sentir bienvenu… Par la force des choses nous démarrons par l’analyse de la situation, l’expérimentation a déjà commencé, pour un peu on pourrait croire que nous l’avons fait exprès !

Les participants

Je découvre que l’un des inscrits ayant déjà suivi deux formations sur le thème s’est fait remplacer par une collègue qui n’est pas maître d’apprentissage, je l’interroge concernant sa motivation, elle me répond que ce peut être « culturellement intéressant ». Un participant vient d’Orléans, je suis surprise par le choix géographique, plusieurs cessions étant prévues sur Paris, plus aisément accessible mais visiblement il n’a pas eu le choix, son manager a décidé pour lui. Le déjeuner Pour déjeuner, je n’ai aucune information, aucun document, aucun nom de contact, personne ne se soucie de notre formation et de nos besoins logistiques. L’une des participantes, cadre propose de remplir une feuille permettant d’accéder à la cantine. Nous déjeunons en groupe mais il faut manger tôt pour éviter l’affluence : à 11h45 nous sommes déjà à table. La dynamique du plan de cours est perturbée mais je gère.

Contact interne

En début d’après-midi j’obtiens par la Chambre de Commerce le nom du contact en interne : la responsable des Formations des Maîtres d’Apprentissage que j’appelle depuis l’accueil. Visiblement mon interlocutrice ne comprend pas ma difficulté, la salle Tulipe devrait me convenir : « une salle c’est une salle ! » « Oui, il y a des ordinateurs et alors ? Je ne vois pas en quoi ça vous gêne, s’il n’y en avait pas eu, vous nous en auriez demandé ! » « Mon service a fait le nécessaire, nous n’avons pas eu de cahier des charges et nous n’avons pas votre nom, ni moyen de vous contacter ». Bref, je demande s’il me serait possible d’obtenir pour le lendemain une salle permettant les échanges et les mises en situation dans le groupe, elle propose de me rappeler, je l’invite à venir nous voir en salle pour expliquer aux participants, elle refuse. Dans l’après-midi, un message du service formation m’informe que je peux avoir la « salle du 7ème » le matin et la C1 l’après-midi. Je me tourne vers mes participants pour leur proposer les options. La participante qui s’est déjà occupée de nous fournir le document donnant accès à la cantine, se propose de négocier avec sa hiérarchie afin d’obtenir l’accès à une salle réservée à son service et d’informer chaque participant par SMS pour éviter de revivre le jeu de piste du premier jour. Je la remercie du fond du coeur. Un message de cette généreuse participante m’informe que son service met effectivement à notre disposition une salle en bâtiment N1, nous avons rendez-vous devant la machine à café à 8h30. Je me sens soulagée. Avant de quitter les lieux, à 17h30 j’en informe la Responsable des Formations Maitre d’Apprentissage en lui laissant un message téléphonique. Je roule mes feuilles de flip-chart afin de continuer les travaux entamés (liste des attentes, des questions, des schémas…) et vu que l’accueil ferme à 16H30, impossible de les déposer espérant les retrouver le lendemain, je dois donc emmener le rouleau avec moi à l’hôtel. Dans ma chambre d’hôtel, goûtant à un repos mérité, à 19h33 mon téléphone sonne. C’est la Responsable des Formations Maîtres d’Apprentissage qui me demande des explications concernant cette mystérieuse « salle d’une participante ». Je lui donne le nom de la participante, elle me dit qu’elle ne la connait pas, qu’elle a elle-même cherché des solutions et s’étonne de « mon niveau d’exigence », «jusqu’à présent aucun de vos collègues n’avait fait de remarque, la salle informatique leur convenait », d’ailleurs elle a elle-même suivi cette formation dans cette salle et tout s’est bien passé. J’argumente que les méthodes pédagogiques peuvent différer et que, pour nous, la projection d’une série de transparents s’apparente à de l’information, certes dans ce cas, une salle informatique peut servir de salle de projection. Pour notre part, nous travaillons dans la pédagogie active, participative, plus efficace avec des mises en situations, des échanges… Organiseriez-vous une réunion d’équipe ou un brainstorming dans une salle informatique ? « Oui mais nous n’avons pas eu de cahier des charges et nous n’avons pas eu votre nom… » Je la renvoie vers mon mandataire, la Chambre de Commerce et conclue en disant que la solution est venue du groupe et qu’elle nous convient. Je lui demande si elle viendra faire la clôture pour vérifier la satisfaction des participants, elle me répond que c’est du ressort des RH et qu’ils n’ont pas le temps.

Second jour

La salle est au troisième étage sans ascenseur : valise avec le nécessaire (exemples de carnet de liaison, référentiel métier, feutres, haut-parleur pour la vidéo de la Génération Y, puzzle en bois…), sac à dos avec mon PC et rouleau de flip-chart sous le bras, j’entame l’ascension. Le badge n’ouvre pas le sas d’accès à l’étage… Redescendre, changer de badge, remonter, ouvrir, trainer mon équipement jusqu’au débarras où est cachée la clé, le clou à gauche de la porte, la porte de la salle : miracle elle s’ouvre et… c’est enfin une salle digne de ce nom ! Grâce à l’implication de notre « sauveuse » tout le groupe se retrouve, nous reprenons, tous soulagés et confortablement installés.

Pause

A la pause, la machine à café du bâtiment est en panne, je ne suis ni surprise ni déçue, loin de moi l’idée de me plaindre ! Notre groupe entame alors une petite marche jusqu’au bâtiment voisin, notre « sauveuse » se faufile jusqu’à une collègue pour lui emprunter son badge pour le café, nous attendons le feu vert à l’extérieur tel des autostoppeurs cachés dans les fourrés, avant de nous glisser dans le bâtiment pour accéder au précieux breuvage. Nous nous amusons du burlesque de la situation ! Toutefois, côté pratique, nos « excursion caféines » durent donc 30 à 40 minutes minimum, dans un tel contexte, pour boucler le programme, heureusement qu’ils ne sont que 4 participants, à 12 comme initialement prévu, c’était mission impossible !

Enfin !

Sans avoir eu la visite d’un responsable qui aurait pu profiter de l’occasion pour mobiliser les Maitres d’Apprentissage sur l’importance de leur mission, les assurer d’un soutien interne… Nous avons terminé la formation en atteignant les objectifs et en bouclant de manière professionnelle et amicale (les épreuves créent des liens). Les participants ont visiblement apprécié la prestation et repartent avec des éléments concrets, ce qui me semble essentiel. J’ai rangé ma salle et regagné à la hâte la gare avec comme unique but de sauter dans mon train et regagner Genève ! Et là j’ai découvert la signification de TER, non pas Train Express Régional mais Toujours En Retard. A peine parti de la gare de cette petite ville, le train s’arrête, 20 minutes en pleines voies. A Lyon, je devais disposer de 14 minutes pour sauter dans ma correspondance, à 6 minutes près… le TGV est parti avec ma belle réservation. J’ai dû attendre 1h10 dans la Gare de Lyon Par Dieu (à se demander pourquoi elle s’appelle ainsi, la Cour des Miracles serait plus appropriée), j’ai pris place à bord d’un TER qui s’est trainé de gares en gares jusqu’à Genève. Là heureusement mon mari est venu me récupérée : épave à la mine défaite après six heures de trajet. Le lendemain, sous le coup de la fatigue, j’ai tenté de regrouper quelques neurones valides pour préparer ma facture au plus juste, pas question de commettre une erreur et déjà prévoir mes prochaines animations, ailleurs… en espérant des jours meilleurs ! Et le bonheur d’assurer un métier passionnant malgré tout.

Posted on November 7, 2012 and filed under formation.